Monsieur le Directeur,

Bonjour.

Encore une fois, le foyer de l'ens, ce haut lieu de débauche normalienne, fait parler de lui par des évènements délicats.

Que des jeunes individus aient des idées arrêtées sur ce qu'ils croient être le capitalisme dans notre société, cela se conçoit. Qu'ils en associent le concept à une voiture d'une marque connue pour ses prix, prix qui suffirait justement à rénover leur foyer chéri, on peut le comprendre, même sans être d'accord - c'est de leur âge. Qu'ils aient l'idée d'insulter ladite voiture de la façon la plus naturelle qui soit, ils dépassent largement les bornes du tolérable, et je vous rejoins sans peine sur ce point. Un con bourré reste un con.

Monsieur le directeur, la lutte contre la connerie humaine est une tâche difficile et qui vous honore; cela dit, les moyens employés sont-ils les bons?

En envoyant les coupables pointer à la bibliothèque et aux cours, tandis que l'alcool est banni du foyer, vous récompensez les abus en les remettant dans le droit chemin du travail, et punissez tous les autres en instituant une prohibition inique. Eux savent se tenir; doit-on leur reprocher de ne pas savoir tenir les autres?

Evidemment, je me fais ici l'apôtre de l'alcool, c'est un rôle assez peu reluisant. Et rendez-nous notre alcool est un slogan auquel il est difficile d'adhérer. Mais voilà : l'ancien adage Un scientifique est une machine à transformer du café en théorèmes n'est pas toujours vrai; une bonne bière est parfois le meilleur carburant. Le foyer offre son circences dans le baby-foot, il faut également le fournir en panem. Voici l'agrégatif qui rentre d'une journée chargée, heureux de pouvoir déguster sa bière trappiste - ah, je tombe dans le mélo...

Bien sûr ça n'est pas très grave. Nous ne réclamons pas à grand cris la restitution d'un foyer entier à tout prix, nous n'avons pas besoin de notre dose de bière quotidienne. Mais c'est le centre des habitudes des élèves qui est touché, c'est pour cela qu'elle a autant d'impact; la décision, qui prend effet sur tous les adhérents du bureau des élèves, nous surprend beaucoup, et nous désirions en faire part.

J'espère par ces quelques mots ne pas vous avoir choqué ni aggravé la situation, et vous souhaite une bonne journée.

Laurent

La Tartine n°33 - Répondre à cet article
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